essai de géométrie factice

Publié le par VENNER YANN

 

                                              Un trait peut en cacher un autre ...                                

 

          Essai de géométrie factice.     (A Bernard Louédin)                             

 

                                                                     

 

 

Pour aller vite, ce serait un vitrail. Ou bien encore, un pinceau dans la nuit. Disons, pour résumer, qu’un train à grande vitesse circule. Ligne de plomb incrusté dans la vitre.

 

 

 Une nuit épaisse. Noire, des pieds à la tête. Le train, éclairé de mille feux, balaie la nuit tel un pinceau têtu. Sa trace, énervée, raye la surface de la toile. Blanche. Le dépôt laissé là, inscrit des luisances, des brillances, des escarbilles charbonneuses, criardes. Le paysage prend forme, peu à peu. Le train siffle, griffe, geint sur ses rails.

 

 

 Les cheminots ne contrôlent plus la bête. Hors de contrôle et d’atteinte, le mustang aux pieds ferrés rue et s’égare. Dressé contre toute attente. Improbable course dans la nuit. Image inversée, blanche, sur une toile noire. Un paysage de suie, sans suite. Eclats, fracas de charbons sur les voies. Une telle cavale, au sexe indéterminé, mine de ses sabots luisants, un sol arachnéen. Le pinceau de fer mime un parcours sans issue. Trace une prison blanche dans un ciel dégrisé. Hennissements métalliques. Rayures et brûlures. Freins et chanfreins. Mors et montures, à l’assaut des collines, dévalent un paysage éclairé par deux boules de feu. Enfiévrées. Glauques. Comme mouillées. La nuit tient conseil, montrée du doigt par un flux convergent. Yeux de serpent perçant le brouillard.

 

 

Des branches crissent contre d’impossibles vitres. Roulis. Tangages. Un voyageur hardi, le nez collé à la fenêtre, veut percer le secret. Il est atteint du mal de mer. Le train tire la sonnette d’alarme. Il est l’heure de descendre. Retour au dépôt. Trace introuvable dans un hangar fermé. La porte est close et plus rien ne respire. Fermé. Bouche d’ombre et crinières absentes. Les vitraux de la cathédrale tremblent. Résonnent dans la nuit blanche. Tintent.

 

 

 

 

Un voyageur attend sur le quai des départs. C’est peut-être un peintre. Ou du moins, un amateur de peinture. Anonyme, il observe la gare qui doucement se teinte d’une neuve parure.

 

 

 

 

Il attend le prochain vacarme.

 

Publié dans essais littéraires

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