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Jeudi 27 avril 2006 4 27 /04 /Avr /2006 14:42

HYPERMNÉSIE

 

 

Flaques de vie. Bourrasques. Ressacs. Eaux mêlées. Le bruit grouillant des galets sur la grève s’agglutine à mes oreilles. S’accroche à mes basques l’humide odeur du varech. Il est midi, l’heure du sel, l’heure du sol et le sable de plus en plus caractériel me fouette les joues. Un lourd collier de moules - pris dans un laminaire errant - vient battre ma botte. Le fardeau noir, dans un bruit de castagnettes, enserre ma cheville droite. Par jeu, mon pied gauche se met à boiter ; j’avance en cadence, voûté par l’océan, couché à demi sous les rafales ; il est midi, l’heure du sel, et l’horizon mugit.

 

J’enfonce tour à tour mes pas dans la gluante vase. Succion garantie, mes jambes ont du succès. Des bulles énormes crèvent, nauséabondes sous le caoutchouc de mes empreintes ; vase et fucus mêlés. Je suis en rythme et l’estuaire suinte. Midi chavire ; de tous côtés, le vent grossit sous mon ciré. Je suis le violeur violé, tour à tour pénétrant la glaise au pas cadencé, tour à tour aspiré, respirant fort et soulevé de terre. Élévation à marée basse - Révélation à voix haute, mais si vague, si fragile, déjà emportée avec les embruns. La bouche emplie de brume, ma langue lape des échos issus d’un géant coquillage. L’heure du sel a rattrapé les aiguillons du vent. C’est un moment de comédie. On patauge comme un mollusque flasque mais caparaçonné. Un crustacé me fait la course. Il est midi passé et le sel a fondu, comme une horde sauvage sur l’étrange promeneur désormais rattrapé par la marée si joliment frissonnante. Cette balade au jusant m’a fait du bien, “remis les idées en place” comme il est dit ailleurs et par d’autres, désignateurs adroits d’expressions maladroites. Cette balade, cet hymne, cette ballade au jusant donc, disais-je, cette entrave à la liberté du récit qui n’en doutez-pas, sera saupoudré à la fleur de sel, à la poussière de mémoire épicée à l’héliotrope, à la madeleine, au mûrier, à la sensation kinesthésique près, cette diffraction du personnage principal ayant pour principe premier de ne pas décliner son identité à tous les genres et à tous les modes du démiourgos onomaton bâtisseur de cathédrales (confer Proust et consortilèges), cette balade - me répéterai-je assez ? - aurait-elle quelque chose : de gratuit, d’un acte manqué, d’une lubie, voire d’une escapade virant à l’excursion ? Qu’importe ? La pataugeoire, avec ses accessoires, ses ingrédients, est en classe et le spectacle peut commencer : Babar joue dans le sable avec ses petits camarades mais comment le reconnaître ? Ah oui, c’est lui qui joue avec un coquillage, celui-là même que j’entendais tout à l’heure pendant la sieste.

 

- Maîtresse, hein il est vilain Babar ! La classe écoute, soupçonneuse...

- Mais pourquoi donc Yannick ? Regarde comme il est gentil avec ses amis... Il fait...

- Non ! Il m’a volé mon coquillage. C’est un gros voleur, je le déteste.

 

Subjuguée, la maîtresse réfléchit à toute vapeur. La classe, mal réveillée, attend la suite de l’histoire comme on attend la mort : patiemment, avec la lourdeur du spectateur ahuri qui a payé sa place et qui veut voir la fin, même si c’est la sienne, sa propre mort racontée x fois par les autres, puisqu’il ne peut pas se l’inventer lui-même : trop peur, ou pas le temps, le travail d’abord, et le temps qui semble figé. Moi, je me marre. La maîtresse est ma meilleure copine, plus gentille que ma mère, c’est pas rien ça !

Encore que ma mère, elle, m’aime mais c’est normal, elle est ataviquement maternelle comme une vache aime son veau, une poule son poussin ; mais je préfère la petite poule rousse pleine de courage et féministe à bloc. Alors, je reviens à ma bergère de maîtresse ; c’est ma copine, mais là, elle est tombée sur un os, une défense d’éléphant !...

 

- Babar va te rendre ton coquillage !

 

Et elle se rend à son bureau, dérangeant le cercle des enfants, troublant l’heure du conte, transgressant les lois de la pédagogie pour un petit merdeux qui confond ses rêves avec un bel album offert par la plus magique des conteuses, à toute une classe.

 

Elle fouille dans tous les tiroirs et revient, tenant derrière son dos un objet caché à mes regards mais pas à ceux de certains qui, déjà, pouffent. Je me sens moite. Mes cuisses se serrent, nues, sur le banc. Il fait chaud et mes deux voisins “m’agglutinent”. Non ! C’est pas vrai ! Je pisse dans ma belle culotte courte portée vaillamment par toute la fratrie antérieure. C’est chaud. Flaques de vie. Je suis collé à mon banc par la jouissance. Mon petit sexe se ratatine dans cette marée honteuse. Ressacs, eaux mêlées : je pleure, je frissonne et la maîtresse me tend, lèvres rutilantes, avec le plus radieux des sourires, un énorme buccin tropical et nacré.

 

- C’est à toi, je te le rends. Babar sera puni !

 

Et elle referme le livre magique à peine commencé à la grande confusion de toute la classe.

 

- Je raconterai la suite demain. Maintenant, à vos table pour l’écriture.

 

Et comble de l’orgueil, j’eus droit à des vêtements secs après que ma bonne fée m’eut enjoint à la suivre jusqu’à la pièce attenante où, une vilaine femelle de service me liquéfia de son horrible regard d’eau grise et glauque.

 

Le vent souffle dans la cathédrale. L’architecture initialement programmée serait-elle en train de s’effondrer ou de se fondre en de tacites réseaux ? Une cathédrale ou une robe pour Proust, une petite robe de fête ? Une cuillerée pour papa ? Mais à qui profite l’annamnèse ? A qui profite la rime ? Encore un effort et cent malices. Approchez votre nez ! Respirez l’air du large. Babar est en ballon au-dessus de la mer. Babar est au Congo et sa femme endormie. Des sauvages l’agressent, l’attachent impunément. Un peu plus, je sortirais bien mon canif - le bleu à croix suisse que j’ai eu avec mon parrain pour mes cinq ans - mais j’ai conclu un pacte de non-agression avec maîtresse, on s’aime trop tous les deux, mon canif pour tailler en morceaux ces sauvages qui rigolent en enfilant les vêtements (et cet imbécile de Babar qui a abandonné Céleste), les habits qui sèchent, et ils se tortillent la tête dans les manches vertes, la tribu se gondole, mon couteau va jaillir ! Babar arrive ! Ouf ! Il ne me fait pas peur. Je défendrai sa femme la prochaine fois ! Il se croit tout permis ce pachyderme de carnaval, qui n’a même pas un canif bleu (avec le tire-bouchon incorporé, mais parrain m’a dit que j’aurai la fessée si je débouche encore les douze Côte Rôtie qu’il a eu pour ses vingt ans de mariage ; offert par l’abattoir, il est boucher mon parrain et qu’il a dû boire tout le vin avec ses amis vu qu’ils ont dit qu’il était débouché maintenant et que t’aurais pas dû lui offrir un couteau à ce petit merdeux. Mais ils rigolaient bien à chaque bouteille vidée et commençaient à me trouver sympathique avec mon couteau et ma culotte courte grise en coton bien repassée par maman) pour défendre Céleste, la pauvre petite jeune mariée attachée par les sauvages et eux ils faisaient des castagnettes - les invités de mon parrain - avec les cent litres de coquilles de moules vides, ils faisaient leur concert en la mineur ou en laminaire avec leur tête de bouchers. C’est vrai qu’à l’abattoir, on a des bottes pleines de sang avec collées parfois des particules de tripes ou de graisse. Alors ça gadouille, on enfonce ; le pied gauche se met à boiter, empêtré dans la tripaille fumante et, l’agneau que l’on égorge, pleure à cause du bruit des castagnettes que les sauvages ont mis autour de leurs chevilles. Tout le monde danse, s’asperge de sang frais, de Côte Rôtie, Babar a perdu Céleste, tant mieux (elle est avec moi sous la table de mon parrain qui veut mettre du sel dans les bottes de ma maîtresse ; il a la salière dans sa grosse main poilue et rigole comme un forcené en glissant l’autre main sous la robe de maîtresse qui n’apprécie pas la plaisanterie alors elle prend le poivre et le déverse dans le verre de Côte Rôtie plein à ras-bord du parrain qui trouve la recette un peut trop salée à son goût ; bien fait !) alors il bagarre tous les sauvages sur la piste et c’est le gros (bordel ; j’ai pas le droit de le dire) bazar dans notre histoire.

 

Il est midi bien sonné et l’heure du sel a rattrapé les derniers rescapés de cette marée de souvenirs si joliment grisonnante ; comme les cheveux de ma maîtresse qui ondulent encore aujourd’hui autour de mes doigts alors que je m’endors doucement contre sa joue ; couché dans mon hamac, elle me berce doucement (avec sa trompe ?) et si je dors bien, un monsieur (M.F. ?) viendra m’apporter ma bouteille de lait, en verre, à capsule bleue comme l’océan. Mais chut. Pas de bruit. Bruits de pas... Flaques de vie. Je ris dans mon sommeil avec maîtresse dans mes bras.

Par VENNER YANN - Publié dans : blacktrelouzic
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Jeudi 27 avril 2006 4 27 /04 /Avr /2006 14:38

LE CHÂTIMENT

 

 

“ Le sixième jour de la lune de Novembre, le peintre Janus Baum acheva sa toile ; ou plutôt la signa.

Geste qui marquait - en effet - le signe d’un total achèvement, d’une finition certaine ; à moins que le lendemain, guidé par une nouvelle inspiration (due peut-être à un sommeil bienfaiteur), il ne se mette à ajouter, supprimer, déplacer une nervure, une racine, une feuille.

Il alla se coucher l’âme tranquille, le tableau recouvert d’un morceau de drap écru et offrant sa secrète richesse à la nuit.

Mais il n’y eut pas de lendemain...

L’artiste s’endormit les mains encore pleines de sensations colorées, de mouvements soyeux, à la poursuite de blancheurs dans l’espace. Ses doigts se mirent à agripper les draps, les chiffonnant, les torturant, draps rejetés hors du cadre, hors du texte, flottant autour du peintre dans un halo goguenard et éreintant, comme une oeuvre inachevable. Puis le doux sommeil vint. La surface de la toile était calme, aucune caresse de pinceau ne venait plus effleurer l’espace désormais vierge.

Respiration nocturne, sommeil réparateur et silencieux.

 

Au matin, autour du tableau dissimulé sous son suaire, on put voir sur le sol des gouttes glauques et blanchâtres, comme des boules de gui, disposées (presque) en couronne, en ronde.

 

L’inspecteur Eiche qui examina le cadavre du peintre, sans rien lui trouver de remarquable, mises à part des particularités physiques qui n’apporteraient rien à une explication logique (sinon une débauche, voire un déluge de mots inutiles), l’inspecteur Eiche ne put dire, ni écrire dans son rapport ce que venaient faire ces boules, ces perles de gui au milieu de l’atelier de l’artiste assassiné.

On se moqua même de la gêne de l’inspecteur à tenter d’expliquer, de vouloir décrire l’indescriptible : douze boules de gui qui furent expertisées comme telles par un ethnobotaniste du CNRS ; elles provenaient, seraient... tombées, étaient i-i-issues du, du chêne gaulois immense peint sur la toile la veille du meurtre, comme si le peintre livrait là son secret : faire un tableau vivant !

Douze boules de gui, innommable pluie tombée de l’arbre, un chêne ! Absurde ! Loufoque ! Impensable ! Et pourtant...

 

Douze ans ont passé depuis et je les LES contemple là, assis dans l’atelier que j’ai racheté - sans rien savoir au départ de cette sombre histoire classée par la police.

Les boules sont là, agglutinées dans un bocal Le Parfait, baignant dans le formol. Cette pièce à conviction n’a convaincu personne et le journaliste qui me l’a remise depuis peu, pièce dérobée sans doute aux forces de la Loi (bien mal inspirées lors de cette affaire) m’a affirmé que le tableau appartenait désormais à un héritier de la famille Baum, parti depuis en Australie. Je tiens le bocal transparent comme si son contenu semblait être le mobile du crime. Les boules me fixent quand j’approche le récipient à hauteur de visage, surtout l’une d’elles qui grossit - ou plutôt me semble avoir grossi - depuis ce matin. Je la soupçonne... riche de réponses dans son opaque mutité. Je n’en jurerai pas, mais, au centre de sa rotondité lunaire, je distingue à travers mes pupilles étrécies sous l’effet d’une longue concentration... (Chut ! Nous y voilà ! ...) je vois deux petites lèvres blêmes qui s’écartent diffi... difficilement. La perle de gui va prononcer ses pre... premières paroles. Je m’en souviens encore puisqu’elles - ces paroles - me font témoigner aujourd’hui, sous le serment, du trouble qui m’accable, et à la fois de la joie qui me conduit à révéler - dans mon journal intime - (ce miroir d’encre douteuse à bien des égards propices aux égarements de ses futurs lecteurs) - à révéler ces paroles issues d’une bouche improbable. Les onze autres blafards, dans un silence de mort, semblent dédaigner cette bavarde, et brisant pour mon malheur la loi du silence ; car, depuis l’affreuse envie qui me fouaille de vouloir expurger la vérité - quelle qu’elle soit - sur cette mort mystérieuse et violente, mon état de santé s’est brutalement aggravé. La preuve : j’écris couché, le bocal contre ma joue gauche, ma main droite alignant des lettres qui s’affolent comme si le temps allait me manquer - se dérober entre mes doigts fébriles.

 

Je me mets à rêver de la Forêt Noire, plume levée, forêt de sapins sans fleurs, sans gui et sans couronne. Pourquoi donc ces douze boules assemblées, cette ronde infernale ? Est-ce le bocal, ou, ma tête ? Le tourbillon des hypothèses me fait vaciller. Je n’aurai pas dû me redresser sur ma couche pour contempler la nuit de Novembre. Nous sommes la sixième nuit de Novembre ; il est quatre heures quarante précises et je ne connais toujours pas le nom de l’assassin.

Le message que m’avait confié la perle blanche (la plus grosse) consistait à exposer le bocal sur le balcon nord de l’atelier, cette nuit-là précisément. Je, j’essaie de me relever. Avec précaution, j’ouvre la fenêtre coulissante, poissant la vitre de ma main moite. Les pages de mon cahier intime, agitées par le flux d’air nocturne, se froissent dans une ultime colère. ”

 

Une immense déflagration s’entendit à la ronde. Dix minutes plus tard, les ambulanciers, appelés par une voix anonyme, décrivirent à la presse, entre deux claquements de portière, le drame dont ils venaient d’être les tardifs témoins : “ Un inconnu (sous fausse identité, d’après l’enquête diligente de la police) gisait sur le balcon, la tempe gauche horriblement lacérée par des éclats de verre. ”

Le bocal aurait explosé, laissant comme seul indice une boule de gui qui obstruait l’oreille gauche du cadavre mutilé. Les caillots de sang sur la tempe conglomérèrent sous la lune jaunâtre et d’un coup, le ciel s’obscurcit, un nuage éteignit la lune, comme si le bras d’un druide invisible et vengeur venait à l’instant de faucher l’immense champ d’étoiles...

Par VENNER YANN - Publié dans : essais littéraires
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Jeudi 27 avril 2006 4 27 /04 /Avr /2006 14:36

LE POUCE QUI GLOUSSE

 

 

Il était une fois, une main dont le pouce malicieux n’arrêtait jamais de se moquer de ses petits camarades, les autres doigts.

Pouce était le meilleur : Pouce se croyait le plus malin ; Pouce était le Roi de la main. Il se trouvait le plus beau, le plus fort, le plus intelligent. Il gloussait d’aise, il gloussait de contentement. Mais, tout a une fin en ce monde, et voici ce qui lui arriva ; après cette triste aventure, jamais plus il ne gloussa !

 

Un jour, en effet, les autres doigts, vexés d’être toujours moqués, se réunirent au creux de la main ; bien repliés les uns contre les autres, en réunion secrète, laissant le pouce à distance ; le pouce qui les narguait du haut de sa splendeur. Voici ce qu’ils décidèrent tous les quatre : “Nous, doigts de la main droite, jurons de respecter notre entente mutuelle et de travailler ensemble, main dans la main ! Nous nous jurons fidélité jusqu’à la mort et que ce serment-serrement soit éternel !”

Après ce grave conciliabule, nos quatre compères se séparèrent et la main retrouva son calme habituel.

De temps à autre, le pouce essayait bien de se frotter aux autres doigts, mais il était systémathématiquement rejeté, repoussé par ses quatre faux-frères. Plus personne ne lui parlait ; il était en quarantaine, comme un animal malade.

Pouce se rongeait l’ongle, Pouce dépérissait. Pouce était la victime de cette guerre du silence. La main, elle, continuait son travail de main ; elle rencontrait parfois une autre main qui la serrait dans la sienne. Elle saisissait diverses choses : un silex, un morceau de bois, un fruit de la forêt, un os de dinosaure... Plus la main était évoluée et plus notre Pouce se sentait seul, désolé. Il était dans l’opposition désormais, et, dans chaque situation, il se trouvait, en effet, opposé à ce groupe de quatre. De rage, il les aurait bien étranglés, mais, il n’avait pas la majorité. Seul contre quatre, c’est difficile, même si l’on se croit très intelligent.

 

Il aurait bien crié : “Pouce ! on fait la paix !” mais son orgueil d’un autre âge ne le poussait guère à l’armistice. Alors, dans un dernier sursaut de haine, il se tourna vers le bas. Et désormais la mort fut son amie ; dans les jeux de cirque, on applaudissait quand Pouce se tournait vers le bas. C’était terrhorrible !

 

Il dut attendre des siècles pour retrouver le sourire et qu’un homme indulgent le prenne par la main, pour lui apprendre à vivre avec les autres doigts.

Ainsi, peu à peu, il se mit à faire de l’auto-stop et quand une voiture le prenait, il se tournait vers le haut en signe de victoire. C’était désormais un pouce heureux et il ne se frappait plus la poitrine en disant : “C’est moi !” Il faisait partie de la main, non plus comme numéro un, ni comme numéro cinq d’ailleurs, mais tout simplement, à sa place, la sienne.

Le pouce ne gloussait plus ; il ne se rongeait plus les sangs, et “main-tenant”, on était content de lui quand on serrait cette nouvelle main.

Par VENNER YANN - Publié dans : blacktrelouzic
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Jeudi 27 avril 2006 4 27 /04 /Avr /2006 14:34

Illusion

 

Mes galops ne sont pas de trop

dit le cheval à ses sabots.

Entre ma queue et ma crinière

s’agite un champion sans manières

 

un étalon dès la naissance

armé de gloire et de puissance

un destrier de haut lignage

doué pour le saut doué pour la nage.

 

J’ai traversé la terre entière

les mystères de la matière

échappé à toutes les guerres

aux cavaliers de feu de fer.

 

Maintenant usé par la vie

ma litière est ma seule amie.

Perspective peu cavalière

cavaltitude prisonnière.

 

Mes galops ne furent pas de trop

j’attends la mort au petit trot.

Mourir ? mégalo ? disparaître ?

impossible ! Je vais renaître !

 

 

Sur le quai...

 

Des bateaux comme s’il en pleuvait

et des trains comme un incendie.

Des bateaux au sillage épais

escarbilles de mes pensées.

 

Ancres noires qui chassent, déraillent.

La grand-voile du cheminot

drape des fiers capitaines

voyageurs en culottes courtes.

 

Sur le quai des départs

des mouchoirs s’agitent, nous pleurons.

 

Adieu les côtes de l’Afrique,

le cheval de fer s’est noyé.

Dans une pente nostalgique,

ses sabots se sont sabordés.

 

Des bateaux comme s’il en pleuvait,

des locos attendant le flot

pour s’échapper à fond de train

à fond de cale vers un destin

chargé d’écume, de poussières.

Attention ! Fermez les portières !

 

Le bateau dans ses étriers

chevauche les rails, déchaîné ;

le chef de gare aux bras de pieuvre

est dépassé par la manœuvre.

 

Des chevaux comme des voiliers,

et des trains comme des coursiers.

 

 

 

Par VENNER YANN - Publié dans : blacktrelouzic
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Jeudi 27 avril 2006 4 27 /04 /Avr /2006 14:23

ALGER, mon beau navire.

Face aux grandes philosophies, il semble que l’on puisse mettre en avant toutes les déclinaisons de la douleur. Ce mot, grave, donc très lourd à assumer, inscrit au coeur de l’humain une blessure inacceptable. Et pourtant, "il faut vivre", obéir à cette impitoyable ordonnance injonctive, prônée comme un diktat depuis des milliers d’années. Il est vrai que ce n’est jamais la mort qui donne la vie, mais la mort ajoute à la vie et lui donne un supplément d’âme. Pourquoi ? Peut-être parce que les êtres vivants, outre le fait de perpétuer l’espèce, entretiennent une mémoire et une histoire, collectives et individuelles. Histoires et mémoires blessées, souvenirs lancinants, traumas insupportables et récits clivés, quand ils adviennent.

La douleur nous met tous à égalité. Qu’elle soit ressentie physiquement ou moralement, qu’elle nous poursuive et nous accule au suicide, elle permet à l’homme de mesurer le temps. Ce temps sensible est plus ou moins long, plus ou moins difficile à accepter ou à comprendre, selon nos propres forces et nos singulières faiblesses.

Nous avons donc la douleur en partage. Et alors ? N’aurions-nous que de l’empathie ? L’écrivain Louis Guilloux dit un jour à son ami Albert Camus : " La seule clef, c’est la douleur. C’est par elle que le plus affreux des criminels garde un rapport avec l’humain."

L’écrivain se charge alors de dénoncer, de raconter la misère de tous les jours, la pauvreté, qui empêchent même de garder une petite place pour l’amour - devenu alors presque un luxe - pour mieux éclairer la douleur du monde.

En cela, Louis Guilloux est un romancier qui sait que la misère peut ôter toutes forces aux passions et détruire le plus courageux des hommes.

Dire que ce lot commun, ce fardeau de fatalité, nous est à tous attribué serait faux. C’est pourquoi il est bon de se débarrasser de cette chape de plomb qui peut alourdir une littérature misérabiliste, où le personnage n’est qu’instrumentalisé par la douleur.

Parler de la douleur ne fait pas forcément de la bonne littérature.

 

Les écrivains maghrébins, entre autres, ont saisi cette dimension de l’écriture romanesque en détournant l’objet douleur de son sens premier. Soit en le contournant, soit en retravaillant la langue française, soit en inoculant dans leur oeuvre des structures narratives nouvelles, en dynamitant la narration classique, en rompant avec le récit canonique européen. La narration se retrouve éclatée, spiralée, interrompue, bouleversée, chaotique ou fragmentée, pour mieux frapper le lecteur, le rendre inquiet et désorienté au point de le déstabiliser, de le mettre dans une position de doute permanent et d’inconfort.

Cette aventure d’une écriture est bien plus audacieuse et porteuse de sens qu’une écriture d’une aventure, où le lecteur est guidé sagement vers une fin attendue et logique. L’éclatement du récit, la violence du texte, la polyphonie contestatrice installée dans la grande et la petite histoire, amènent le lecteur à réfléchir aussi à la douleur de l’écrivain et de ses personnages. Le partage des émotions, de la souffrance, est à ce prix.

 

Lire, c’est payer un tribut à la douleur. C’est participer, le temps de la lecture à un arrachement, à une confrontation où le lecteur devient acteur du récit qu’il entreprend, non pas à son rythme, mais à celui imposé par l’écrivain. Voilà le sens d’un combat, voilà le sens d’une écriture violente et combattante.

La ville, les capitales du Maghreb, sont souvent les porte-parole, les métaphores de cette douleur. Les habitants y sont prisonniers, détruits, blessés dans leur amour propre et dans leur chair. La ville souffre, sa misère exsude, la terreur règne, l’eau manque, l’air y est irrespirable. A chaque coin de rue, s’étalent la souffrance, la peur de vivre et l’angoisse du lendemain. Après avoir été colonisée, débaptisée, éventrée, saccagée, la ville est livrée à ses tortionnaires, civils et militaires. Guerre civile, contre soi-même, ouverte ou larvée, la guerre des nerfs fait souffrir tous les habitants. Chacun est prisonnier avec ou sans combat.

Et que dire des grandes douleurs qui resteraient muettes ? Même si l’écriture semble un combat perdu d’avance, il n’en reste pas moins vrai qu’écrire sur la douleur, la faire parler ou la mettre en scène et en mots, relève d’un art singulièrement difficile : soit l’on tombe dans un hyperréalisme grandiloquent, soit l’on utilise le langage de façons particulières. Une scène de souffrance, par exemple, ne sera pas directement décrite, mais simplement suggérée par une confrontation entre deux éléments, l’air luttant contre l’eau, une tempête en mer semblant mieux dire dans sa description la lutte inégale d’un bateau contre ces deux éléments. L’artifice paraît vain, vide de sens, mais si le navire en réchappe, l’écriture elle, aura aussi gagné une bataille : dire le monde autrement, dans un doute fécond et chargé de suspens.

La lecture s’en trouve enrichie, renforcée par le frisson et le plaisir, par une aspiration vers l’avant et l’aventure ( adventurus en latin, ce qui doit arriver ) , lecture inquiète qui se situe au-delà de la simple métaphore, elle-même portant le sens au-delà, par définition.

Comparer la ville Alger à un navire en perdition au pays des îles, ( Al Djazaïr, en arabe, ) montre à quel point le pays prend l’eau de toutes parts, flotte à la dérive sur des vagues de sang, démâte et perd son cap et sa tête, coule et sombre dans l’horreur des massacres. Actes de piraterie, de barbarie, quand chaque occupant du navire lutte pour une survie absurde et dérisoire, dans une capitale de la douleur où la douleur est capitale.

Il est des critiques qui accusent certains écrivains de rajouter au malheur et d’en faire une denrée littéraire et commerciale, comme si les écrivains maghrébins visés manquaient de sincérité. Que la douleur soit difficile à lire, à accepter, à partager, voilà bien le drame ! Certains préfèrent détourner leurs regards, se divertir, au sens pascalien du terme, avec une littérature insipide et sans surprise. L’effort de lecture est souvent contraignant. Il nous pousse à découvrir l’innommable, les non-dit, les tensions entre la phrase littéraire et les structures romanesques, un certain silence, ou une violence du texte qui font sens, un langage provocant et subtil qui ne dit pas la vérité attendue, mais une vérité subjective et polymorphe, contestatrice et empreinte de doute.

Attendre du roman une action pédagogique ou morale semble inutile.

Ecrire à partir d’un "déjà existant" pour produire "un nouvel existé", suffit au travail des romanciers.

C’est la tâche et la quête temporelle de quelques auteurs algériens tels Malika Mokeddem, Assia Djebar, Tahar Djaout, (assassiné en 1993), Abdelkader Djemaï, Boualem Sansal, Mohamed Dib - récemment disparu - Rachid Boudjedra, Anouar Benmalek, Aïssa Khelladi, et tant d’autres qui souffrent, témoignent et vivent pour l’Algérie, cette terre d’écritures et de douleurs mêlées. La revue Algérie Littérature/Action publie aussi de nouveaux auteurs qui sont à la fois passeurs de mémoires et d’Histoires, témoins en quête de nouvelles formes d’écritures.

 

Le 27 juin 2003, Yann Venner.

Par VENNER YANN - Publié dans : blacktrelouzic
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Jeudi 27 avril 2006 4 27 /04 /Avr /2006 14:19

BLACK TRELOUZIC

(TRILOGIE BRETONNE )

 

- MARCEL ( roman primeur ) Patatès Blues

Année 1990 à Trélouzic. Un tueur abject. Une commune en déroute ; puis révoltée. Qui l'emportera ?

Marcel Québir, homme-cauchemar, empli de morgue et de ressentiment, n'est-il pas le symbole de nos peurs et de nos interdits ?

Quant aux lecteurs, qui auraient la prétention de se reconnaître, ou de reconnaître quelqu'un, ou un paysage, qu'ils se méfient. Le réel est une ruse de l'imaginaire.

 

- UNE ETOILE EST MORTE ( roman mémoire ) Algerian Blues

 

Année 1996. Un marin pêcheur, Fanch Bugalez, découvre le cadavre d'une jeune femme maghrébine dans le port de Trélouzic.

Aidé par son vieil ami de toujours, Eugène Cabioch - dit La Brebis - notre homme va découvrir les horreurs d'un nouveau terrorisme, et assister, impuissant mais lucide, à sa dramaturgie. L'Histoire passée et le temps présent s'entrecroisent dans ce roman noir à plusieurs voix : celle d'une Algérie, blessée à mort et celle, fanatique, des guerriers de l'ombre.

Une histoire pleine de trous noirs, d'indicible et de fureur. " N'oubliez pas l'oubli ", rappelait Freud.

 

- LE BAISER DE LA MER ( roman salin ) Blackboard Blues.

 

Septembre 2000. Le jour de la rentrée scolaire, le Directeur de l'école primaire de Trélouzic disparaît. Fugue, crime, enlèvement ? Toutes les hypothèses résistent. Quelques jours plus tard, quand la mer rejette le cadavre d'un marginal, la population est en émoi. De plus, Fanch Bugalez, victime de lois qui le dépassent, doit cesser son métier de marin-pêcheur.

Cette troisième fable moderne met en avant la dure loi des hommes, confrontés à leurs vieux démons : la violence et la vengeance.

 

La poésie, la cocasserie, les rêveries et l'humanisme de bien des personnages de cette trilogie romanesque nous délivreront-ils des ténèbres ?

 

Yann VENNER, né à ST Brieuc, poursuit une carrière d’enseignant, dans son département d’origine, Les Côtes d’Armor, qui s’appelait, encore à sa naissance, en 1953, Les Côtes du Nord. Attiré par l’aimant ou l’épaule de la littérature, il essaie - continûment - de se frotter à elle, en un combat fraternel et joyeux. Mais, naïf à ses heures, ce trouble-fêtard du vocabulaire, sait aussi jouer à l’aimant, car il est porté à aimer. La vie en général. Et ses amis, en particulier.

Partageant son temps entre éducation, recherches sur les littératures maghrébines - dites d'expression française - et l'écriture poétique, l'auteur éprouve un plaisir citoyen à promouvoir les cultures arabes et orientales à travers l'association AL MANAR de Lannion.

 

 

 

 

 

BLACK TRELOUZIC

(TRILOGIE BRETONNE )

 

- MARCEL ( roman primeur ) Patatès Blues

Année 1990 à Trélouzic. Un tueur abject. Une commune en déroute ; puis révoltée. Qui l'emportera ?

Marcel Québir, homme-cauchemar, empli de morgue et de ressentiment, n'est-il pas le symbole de nos peurs et de nos interdits ?

Quant aux lecteurs, qui auraient la prétention de se reconnaître, ou de reconnaître quelqu'un, ou un paysage, qu'ils se méfient. Le réel est une ruse de l'imaginaire.

 

- UNE ETOILE EST MORTE ( roman mémoire ) Algerian Blues

 

Année 1996. Un marin pêcheur, Fanch Bugalez, découvre le cadavre d'une jeune femme maghrébine dans le port de Trélouzic.

Aidé par son vieil ami de toujours, Eugène Cabioch - dit La Brebis - notre homme va découvrir les horreurs d'un nouveau terrorisme, et assister, impuissant mais lucide, à sa dramaturgie. L'Histoire passée et le temps présent s'entrecroisent dans ce roman noir à plusieurs voix : celle d'une Algérie, blessée à mort et celle, fanatique, des guerriers de l'ombre.

Une histoire pleine de trous noirs, d'indicible et de fureur. " N'oubliez pas l'oubli ", rappelait Freud.

 

- LE BAISER DE LA MER ( roman salin ) Blackboard Blues.

 

Septembre 2000. Le jour de la rentrée scolaire, le Directeur de l'école primaire de Trélouzic disparaît. Fugue, crime, enlèvement ? Toutes les hypothèses résistent. Quelques jours plus tard, quand la mer rejette le cadavre d'un marginal, la population est en émoi. De plus, Fanch Bugalez, victime de lois qui le dépassent, doit cesser son métier de marin-pêcheur.

Cette troisième fable moderne met en avant la dure loi des hommes, confrontés à leurs vieux démons : la violence et la vengeance.

 

La poésie, la cocasserie, les rêveries et l'humanisme de bien des personnages de cette trilogie romanesque nous délivreront-ils des ténèbres ?

 

Yann VENNER, né à ST Brieuc, poursuit une carrière d’enseignant, dans son département d’origine, Les Côtes d’Armor, qui s’appelait, encore à sa naissance, en 1953, Les Côtes du Nord. Attiré par l’aimant ou l’épaule de la littérature, il essaie - continûment - de se frotter à elle, en un combat fraternel et joyeux. Mais, naïf à ses heures, ce trouble-fêtard du vocabulaire, sait aussi jouer à l’aimant, car il est porté à aimer. La vie en général. Et ses amis, en particulier.

Partageant son temps entre éducation, recherches sur les littératures maghrébines - dites d'expression française - et l'écriture poétique, l'auteur éprouve un plaisir citoyen à promouvoir les cultures arabes et orientales à travers l'association AL MANAR de Lannion.

 

 Ce roman coûte 18 euros, diffusé par De Borée Editions. En Bretagne et en France en mai 2006 !

 

 

 

Par VENNER YANN - Publié dans : blacktrelouzic
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