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Dimanche 5 août 2007 7 05 /08 /Août /2007 10:42

« Youcef lui avait appris que seules les consonnes (en arabe) étaient fixes, stables, et que les voyelles – étant mobiles – pouvaient générer –une foule de termes apparentés au mot d’origine. Le radical primitif pouvait donc s’enrichir d’autres sens. »

Hein, quoi, un polar, ce Black Trélouzic ? - en tout cas, cette deuxième époque, au titre poétique : Une étoile est morte (il y en a trois, époques, dans le roman de Yann Venner).

Ma réponse est sans ambages et sans ambiguïté : oui, il s’agit bien  aussi d’un polar. Passons sur tous les stigmates du genre ici présents.

Cette petite et somme toute très efficace leçon de grammaire, ne venant qu’en renfort de bien d’autres éléments (les personnages typés, les lieux classiques, les scènes de meurtres, les moments de convivialité où les convives prennent la vie du bon côté … les scènes d’identification, de confrontation, les fausses et les vraies pistes, le jeu avec le lecteur …etc.)

Car Yann Venner n’écrit pas pour l’essentiel SUR … Il écrit DANS.

Dans la langue, par le langage, les langages. Cette truculence comme autant de pénétrations dans la chair des personnages, dans le concret de la ruralité marine, dans la légèreté de la mer, dans le faste de la vie intime, dans la vastidude de l’au-delà de l’horizon d’un local emmuré derrière ses routines.

Il écrit dans la vie : il y a comme du Michel De Certeau là-dedans , avec son éloge du quotidien.

Il écrit. Oui, il écrit, et son ou ses –ce sera comme vous voudrez – roman(s) est -ou sont - un hymne aux infinis paysages de la poésie.

La poésie qui permet à la fois de restituer le quotidien (toujours complexe) et l’universel, toujours en jeu.

Trilogie bretonne où la poétique des trois sous-titres (sic) sont autant de lanceurs d’aventures romanesques :

Roman primeur : Marcel

Roman mémoire : Une étoile est morte

Roman salin : Le baiser de la mer

P.rec…

publié par prec dans: alfred22
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Commentaires

Oui, ce livre en trois dimensions offre un contact faste avec la réalité, avec les langages, et avec les rêves. Modélisation secondaire du réel, Black Trélouzic est un chant d'amour à la langue et à la vie malgré sa noirceur, garante d'un a/encrage permanent et sincère dans la diégèse. Comment remplir les blancs autrement ? Par un assourdissant silence...?
Quand une étoile est morte, même les pommes de terre souterraines détestent les tableaux noirs.

Une suite ( à paraître en novembre) à ce triple roman apportera sans doute qq éclaircissements sur la démarche en cours; un chant d'amour aux oiseaux et aux hommes, chant funèbre et généreux, le moindre chant populaire étant rayon d'humanité.
Mais méfions-nous cependant des mésanges...
Commentaire n° 1 posté par: Venner Yann le 23/02/2006 - 11:48:40
Pour assombrir le tableau, voire éclairer la lecture par une exégèse superfétatoire, nous dirons que ce qu'a dit l'écrivain, il l'a fort bien dit, et que tout commentaire enterre et que tout ajout joue et contre joue... à vouloir retirer de la chair pour voir si sous les pommettes, y'aurait une bouche d'ombre, avec des pépins, des graines, de quoi alimenter les conversations et nourrir les mésanges. Méfiez vous des irritations et si ça vous gratte la luette, sachez que le miroir qui vous contemple est sans faim.
Bon appétit, lecteur picoreur, oh ! ta joue pique, horreur !
Je préfère les lectrices, électrices de mon coeur qui ne bat que pour vous, Mesdames, anonymes et si discrètes. Faites vous donc connaître, et vous apporterez de l'eau à mon moulin, car il y a loin quelquefois de la croupe aux lèvres. Mais je saurais attendre...
Commentaire n° 2 posté par: Venner Yann le 24/02/2006 - 13:43:49
Les Tombées de la nuit ne se passent pas qu'à Rennes, Pâques à Rennes... vous verrez pourquoi aussi des élections présidentielles tournent à la catastrophe et comment Fanch Bugalez, le héros de ces dames va sortir de l'ombre pour ... Rendez-vous en novembre quand les frimas auront repris le dessus !
Commentaire n° 3 posté par: Venner Yann le 24/02/2006 - 18:37:14
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Par VENNER YANN - Publié dans : blacktrelouzic
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Jeudi 21 juin 2007 4 21 /06 /Juin /2007 19:10
Que ce soit sur une ligne de coke, que ce soit sur un air de blues, que ce soit la guerre entre frères, où se situe les sans frontières ?
Les déracinés du bourre-pif, les chassés-croisés du steak-frites, les abandonnés sans racines, où va le monde en RER ? Dans quel train parti pour l'enfer... Les intégristes sont en prière... Ne pas réveiller le fléau qui dort, ne pas, chut ! dodo l'enfant dort...


Réseau d'éducation sans frontières, réseau, maillage et tricotage, la France a mal pour ces otages qui voyagent gratos en charter ; mais où sont les neiges au Levant ?
Qui peut croire au printemps des rêves, à l'innaccessible maison, à la fuite et à l'abandon, seigneurs de guerre faites un don : balle à papa, balle à maman, tuez les tous tant que vous y êtes, pas de pitié pour la planète.
A feu et à sang, il faut vainvre, pour se croire arrivé à Dieu qui s'en bat les couilles, pauvre vieux...
triste je suis pour mes copains, disparus en prenant le train. c'était pour un camp, un transit qui n'avait rien d'intestinal.
L'Histoire est un monde infernal;
Et je n'ai plus de larmes...
Point à la ligne, levons le poing !
la gare est fermée, la page se tourne et l'enfant se retourne à jamais.
Par VENNER YANN - Publié dans : essais littéraires
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Jeudi 10 mai 2007 4 10 /05 /Mai /2007 18:23

 

                                              Un trait peut en cacher un autre ...                                

 

          Essai de géométrie factice.     (A Bernard Louédin)                             

 

                                                                     

 

 

Pour aller vite, ce serait un vitrail. Ou bien encore, un pinceau dans la nuit. Disons, pour résumer, qu’un train à grande vitesse circule. Ligne de plomb incrusté dans la vitre.

 

 

 Une nuit épaisse. Noire, des pieds à la tête. Le train, éclairé de mille feux, balaie la nuit tel un pinceau têtu. Sa trace, énervée, raye la surface de la toile. Blanche. Le dépôt laissé là, inscrit des luisances, des brillances, des escarbilles charbonneuses, criardes. Le paysage prend forme, peu à peu. Le train siffle, griffe, geint sur ses rails.

 

 

 Les cheminots ne contrôlent plus la bête. Hors de contrôle et d’atteinte, le mustang aux pieds ferrés rue et s’égare. Dressé contre toute attente. Improbable course dans la nuit. Image inversée, blanche, sur une toile noire. Un paysage de suie, sans suite. Eclats, fracas de charbons sur les voies. Une telle cavale, au sexe indéterminé, mine de ses sabots luisants, un sol arachnéen. Le pinceau de fer mime un parcours sans issue. Trace une prison blanche dans un ciel dégrisé. Hennissements métalliques. Rayures et brûlures. Freins et chanfreins. Mors et montures, à l’assaut des collines, dévalent un paysage éclairé par deux boules de feu. Enfiévrées. Glauques. Comme mouillées. La nuit tient conseil, montrée du doigt par un flux convergent. Yeux de serpent perçant le brouillard.

 

 

Des branches crissent contre d’impossibles vitres. Roulis. Tangages. Un voyageur hardi, le nez collé à la fenêtre, veut percer le secret. Il est atteint du mal de mer. Le train tire la sonnette d’alarme. Il est l’heure de descendre. Retour au dépôt. Trace introuvable dans un hangar fermé. La porte est close et plus rien ne respire. Fermé. Bouche d’ombre et crinières absentes. Les vitraux de la cathédrale tremblent. Résonnent dans la nuit blanche. Tintent.

 

 

 

 

Un voyageur attend sur le quai des départs. C’est peut-être un peintre. Ou du moins, un amateur de peinture. Anonyme, il observe la gare qui doucement se teinte d’une neuve parure.

 

 

 

 

Il attend le prochain vacarme.

 

Par VENNER YANN - Publié dans : essais littéraires
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Jeudi 10 mai 2007 4 10 /05 /Mai /2007 18:18

                                                  SCULPTEUR DE MOTS

 

 

Il y avait du côté de Plufur, dans un petit hameau verdoyant, où broutaient deux moutons, un sculpteur sur granit nommé Jobic.

 

Du chant du coq jusquau coucher de lanimal, lhomme taillait, frappait, piquait, bouchardait, cognait, effleurait la pierre et autres verbes du premier groupe, qui font si bien dans les dictionnaires.

 

Puis le coq sendormait, Jobic sarrêtait, se lavait les mains et pouvait sadonner alors à sa deuxième passion ; les mots croisés. Tous les soirs,  de sept heures à neuf heures, sauf le dimanche, où il buvait copieusement au café du village, il cruciverbisait, ou verbicrucisait, selon lhumeur. Cest à dire que Jobic remplissait des grilles, ou les fabriquait, noircissait des cases, remplissait des espaces, inscrivait des lettres, voyelles ou consonnes, selon les avatars linguistiques de la providence, du Petit Larousse et du Grand Robert. Cétaient là ses copains de jeu et il  pouvait rester ainsi, contempler des syllabes ou des mots qui faisaient lamour sous ses yeux ; un I pénétrait un O, une voyelle ouverte accueillait une consonne du genre fermée, un V aux jambes écartées recevait, en hôte accueillant, une diphtongue distinguée. Tout ce petit monde procréait  à linfini et dans un bonheur de chaque instant.

 

 

Jobic excellait dans ce domaine croisé des mots et rêvassait quelquefois, accoudé à la fenêtre de sa sobre demeure. Son regard lemportait alors, loin, bien au-delà de Plufur ; et il croyait entendre le vacarme ancien de célèbres batailles : les cris des Croisés devant Jérusalem, les Sarrasins en fuite, les tours de Babylone, sécroulant dans un joyeux et poussiéreux babil, les cavaliers de LIslam, sur leurs petits chevaux arabes, croisant le fer contre les tribus berbères du Maghreb, cet autre finisterre, ne se couchant jamais devant personne. Jobic, un soir, rencontra  même Jugurtha ! Affolé devant tant de fureur, par cette histoire au galop, qui avait du sang jusquau ventre, il referma la croisée et replongea sèchement le nez dans ses grilles, dans lécrit décroisé.

 

Ayant alors achevé ce voyage intérieur à coups dalphabets modernes et antiques, Jobic  laissa sécher lencre  rouge de ses grilles qui, éclairées par un croissant de lune, offraient leur doux babillage à la nuit. Pendant ce temps, il mangea, tranquille comme Baptiste, son voisin le plus proche, sa soupe qui avait mijoté dans lâtre. Les légumes du jardin étaient bons. Le breuvage épais lui descendait dans les entrailles comme une manne sacrée ; puis Jobic retourna à ses deux moutons, leur compta rapidement fleurette et sendormit entre ses deux compagnons, serein et satisfait de sa journée créatrice.

 

Cette double  vie, à laquelle il avait fait le double voeu de travailler de tous  ses  os, tout en samusant comme un petit fou, sarrêta net un triste matin. Le coq était mort, étendu raide sur le seuil du pen ty, dune bronchite foudroyante et cruelle. Jobic eut beau lui souffler dans les plumes, la bête ne broncha  pas. Neuf heures étaient passées, la journée  démarrait bien tard et en plus du pied gauche. Il enterra le gallinacé dans le pré, fit une brève prière au défunt. Puisque le réveil-matin ne fonctionnerait plus, puisquil avait perdu un compagnon fidèle et un chanteur hors pair, Jobic, prit un mouton sous chaque bras, après avoir écrit sur la porte dentrée : A VENDRE.

 

Il quittait sa maison par un jour de printemps et décida, en son bel et for intérieur de changer de profession, ou  peut-être même, de prendre une année sympathique, pour voir le monde et son cortège incessant de curiosités.

 

Conscient ou non, il abandonnait pourtant là un patrimoine culturel assez impressionnant, une fortune esthétique et silencieuse : plus de deux-cents  sculptures, auges en granit, cheminées, statues, puits et fontaines de jardin, vasques et colonnes, animaux divers et gargouilles de tous poils ... sans compter les milliers de grilles de mots croisés quil navait même pas pris le temps dexpédier par la poste. Il tirait un trait avec cette vie, trop vaniteuse à son  goût, comme sil se sentait presque coupable davoir autant créé, alors quon sétripait sur la moitié de la planète. Drôle de bonhomme et drôle de raisonnement, mais cest comme ça ; le coq était mort et la terre pouvait bien recouvrir les statues de ses herbes folles, la décision était prise.

 

En chemin, il sarrêta au Café du dimanche, là où, réglé comme un moine, il prenait sa cuite hebdomadaire.

 

- Tiens ! Tu viens nous vendre tes moutons, ou bien tu te maries, ou les deux à la fois ? dit le patron, un certain Manu qui avait fait lAlgérie.

 

Fait ou plutôt défait, car ce salopard ny était pas allé de main morte avec les indigènes qui étaient pourtant, comme lui, des fils et petits fils dagriculteurs, tous enfants de la même terre. Mais depuis que la Méditerranée traversait la France comme la Seine traverse Paris, il fallait bien, bien sûr, défendre bec et ongles nos trois départements, ajoutait bêtement le Manu, baptisé depuis Manu Militari.

 

  - La guerre de libération nationale, ils  pouvaient bien se la foutre au cul, ces Algériens ! maintenant quelle lui avait pris un frère, un jambe et loeil gauche. Sacré Trinité et foutu combat ! aimait-il à répéter, comme sil cherchait des complices pour le plaindre.

 

Jobic déclara, à la cantonade.

 

- Ici, ça sent lmoisi ! Jai besoin dair et docéan, dhorizons vastes. Je me casse ! annonça fièrement le sculpteur. Et il posa ses deux moutons sur le bar.

 

- Tiens, cest ma tournée ! offre-leur un Ricard !

 

On crut que lhomme était devenu fou. On crut que la solitude et le célibat avaient fini par lui emporter la raison ... Bref ! On le voyait déjà enfermé à Bégard.

 

 

 

Mais on but tous à la santé du futur voyageur, à cet homme aux semelles bien devant, et une fois les moutons vendus à un voisin, et lannonce de la vente du pen ty passée sur Internet, Jobic reprit sa route, avec quelques millures dans sa poche.

 

 

Il prit des chemins de traverse, voulut revoir les sources de son pays, entendre à nouveau le chant buissonnier des oiseaux, dormir à la belle étoile, libre et sans contrainte, prendre son temps. Petit coureur des bois, Jobic riait sous sa moustache de vieux philosophe et se sentait le frère dHéraclite dEphèse. Il fit un crochet au lieu-dit Les Sept Saints, alla saluer à la chapelle, dont la clé était au café den face, les Sept Dormants et leur petit chien. Il évita de sy rendre le jour du pardon islamo-chrétien car il ne supportait ni la foule, ni la messe, ces espèces despaces à moitié sectaires et qui  nétaient guère propices à la réflexion, voire à la méditation, pour les plus sincères.

 

Arrivé, par un jour de septembre - il avait vraiment pris le temps - au chef-lieu de canton de Plouaret, il alla voir à lagence Imhobil si la vente sétait faite.

 

- Pour sûr ! quelle dit la secrétaire, une bigote de Pluzunet, toute en bras nus et solide comme un dolmen. Cest un Juif américain, du nom de Deubeul Youbouch, qui la achetée cet été. Il a bien un peu râlé rapport aux  tas de cailloux qui encombraient lentrée de la propriété, et pour tout le foutoir de journaux empilés, mais un tracto a balancé  tout ça à la décharge, en un temps record. Ils sont tout de même forts, ces Américains !

 

- Pour sûr, Madame, quils sont les plus forts ! Quest-ce quun morceau de granit pour eux ? Alors que nous, on suse le coeur, les mains et la raison à vouloir façonner un autre monde, tout en sculptures plus belles les unes que les autres et si différentes, voire sacrées, Eux, ils vous expédient ça dans un autre monde, un  Au-delàcocacola et comme ça, ya plus dproblèmes ! Cest vrai quils sont sacrément forts ...

 

La secrétaire avait très envie den boire un, justement, de Coca-Cola !

 

Ravie davoir en face delle, un vrai Breton aussi sensé, elle lui remit un gros chèque qui, une fois, les transactions effectuées au Crédit Industrieux dArmorique, lui rapporta la somme  folle de cinquante-deux millions de millures, ce qui laissait de quoi voir venir.

 

 

Pour  remercier cette femme avenante, Jobic, qui  nétait pas rancunier, lui offrit un gros bouquet de nénuphars multicolores. Elle coassa de joie, se voyant déjà à léglise, au bras de cet homme si mûr et si droit, tandis quon entonnait  la marche de Mendelssohn. Elle qui pensait que lamour nexistait que sur TF1, elle croyait voir souvrir les portes du Paradis terrestre. Mais Jobic senfuit à toutes jambes, inaliénable.

 

 

Alors, libre comme lair et les poches bien  garnies, il prit le chemin de la gare. A Plouaret, il monta dans le serpent de fer venant de Brest, changea de guingois à Guingamp pour un cheval vapeur encore plus rapide et, à bride abattue, descendit à Montparnasse, la Bienvenue. Cétait la capitale de la poésie et Jobic, le meilleur poète de Plufur.

 

- Parnassiens, à nous deux ! dit-il dans un vers libre, coupé à lhémistiche.

 

Cette phrase historique, il lavait déjà entendue, sous une autre forme, plus paradigmatique, mais regardons lavenir sans oublier Balzac, cet immense artiste qui susa à la tâche, pour éponger ( bien souvent ) ses dettes. Et de plus, à peine marié, mourut  dépuisement après tant dhectolitres de café. Une vie de forçat. Forcément, ça allait épuiser plus dun élève, après coup. Etudier de grands auteurs. De quoi tomber de toute sa hauteur, oui ! Quelquun se met à écrire et tout lalphabet du monde vous dégringole sur la tête. Et dire que les Gaulois, pour partie ancêtres des Français, navaient, en bonne intelligence, laissé aucune trace écrite ! Quels sages ! Quels héros modernes ! Et nous, obligés de réinventer leur culture, de réifier un monde perdu, monumental et souterrain ! Jobic en était là de ses réflexions, quand il saperçut quil était seul sur le quai. Sa réflexion littéraire lavait é-garé, et si le bonheur selon Charles Cros, nexiste que dans les gares, notre Jobic, lui ny trouva pas son compte. Tout y était laid, pas de calme, pas de luxe et pas de volupté. Notre étonnant voyageur, abasourdi devant tant de laideur, passa devant des guichets tristes et moches. A lintérieur, des femmes semblaient y travailler, enfermées comme des poules en batterie. Mais personne ne gloussait, pas un coq ny chantait et Jobic, à la pensée de son coq mort eut envie de pleurer. Avec son chapeau de travers, ses longues moustaches, et sa cape de pélerin, ses longs cheveux argentés flottant au vent des sombres couloirs, il ressemblait à un renard perdu, ou à un  loup des steppes, venu de lOuest sauvage. Les gens le prenaient pour un acteur de cinéma qui naurait pas eu le temps de se changer. Mais Jobic ne jouait pas la comédie. Cétait un être noble, primitivement artiste. Il entrait dans un nouveau monde, pour voir.

 

 

Il avait emporté dans son maigre bagage, une très vieille soupière de chez Henriot. Pièce inestimable à ses yeux. Il alla en négocier le prix chez un antiquaire du faubourg St Honoré.

 

- Bonjour, mon brave hommes des bois, lui sourit une blondasse peu amène. En quoi puis-je vous être utile ?

 

Son air supérieur et dégoûté de la sauce fit monter la moutarde au nez de Jobic. Il sortit la soupière du XIX siècle, emballée dans une double page du Télégramme de Brest et de lOuest. Silencieux, il montra la pièce.

 

Dun geste las, la femme qui portait un badge au nom de Monique Robin, regarda lobjet, horrifiée.

 

- Mais ça na aucune valeur ! Cet objet na plus cours ! Nous sommes entrés dans lEurope cher ami, nous sommes passés dans lavenir. En plus, votre soupière, si cen  est une, est peinturlurée avec des Bretons dessus  ! Cest tout simplement une horreur ! Je vous rappelle que la France est entrée dans l_uro, et que les régions, tout leur folklore, et leur baragoin dun autre âge, sont passés à la trappe. A part quelques  peintres et écrivains bretons, tout le reste est devenu  invendable. Vous mauriez apporté un manuscrit de Renan, ou un original de Gauguin, à la rigueur ! Adressez-vous plutôt à un musée. Ici, ce nest pas un dépotoir !Du Henriot ! De chez Henriot, je ne connais que leur champaaaagne ! Vous connaissez peut-être ?

 

 

 Jobic, qui ne reconnut pas en elle une descendante dArmand Robin, heureusement ! aurait pu lui expliquer que cette oeuvre peinte était composée de pigments très rares, que lartiste avait travaillé chez Henriot, en réinventant de nombreuses techniques, que la cuisson de la pièce avait nécessité des recherches infinies ... A quoi bon ? Cette histoire dun artiste -rare et resté inconnu- à la rencontre dune terre cuite  et peinte, transformée en chef-doeuvre, nintéressait plus personne aujourdhui.

 

Plus que vexé, Jobic aurait bien fendu le crâne de cette petite demeurée, commerciale inculte, mais trop généreux de coeur, il dit avec une ironie mordante :

 

- Merci, Madame Robin. Continuez donc à bien astiquer vos petits robinets, et le monde sera plus propre. Il la laissa là, dubitative, sur ce compliment si bien tourné.

 

 

Jobic, dun pas alerte, se rendit chez le coiffeur pour se mettre à la mode des incultes. Il se fit raser le crâne, couper les moustaches, puis se rendit chez un marchand de vêtements de luxe. Il avait décidé dépouser la peau dun vrai Parisien. La peau seulement, car question didées, pas question de renier son passé breton, propre et intime, vieux de cinquante ans. Il allait jouer avec ce monde, sy intégrer pour mieux le pervertir ou le redresser, le plus modestement et pacifiquement possible. Il lui fallait un portable ! Il en acheta un pour faire limportant ! Il lui fallait une trottinette, une BMW. Il acheta ces babioles qui lamusèrent quelques jours. Jobic fréquenta les vernissages, les salons littéraires, les premières au théâtre. Il riait comme un dératé au milieu des scènes les plus tristes. Il pleurait comme une baleine quand il aurait fallu rire. Ce perpétuel décalage le faisait passer pour un original ou pour un  artiste. Quelquefois, il fut chassé de la salle comme un malpropre. Ces expériences heureuses ou malheureuses le confortaient dans son savoir acquis. Il rencontra des gens brillants, des pleutres, des couards, des carpettes, comme partout ailleurs ; mais peut-être un peu plus  soumis que chez lui, là-bas, à Plufur, dans ce Trégor discret et pourtant si prolifique, où lâme humaine pouvait sébrouer comme un cheval fougueux. Où le vent de la mer, salé et cinglant comme un fouet, vous empêchait de vous affaler dans un désespérant silence.

 

Où la voix des femmes océans troublait le coeur des hommes au point de leur faire perdre leur sens aigu de la terre, et si dure à cultiver que soudain, lon abandonnait tout pour traverser dimmenses espaces liquides. Noyer des chagrins, essuyer des tempêtes, et puis pleurer, les pas du passé  marchant dans les pas de lavenir, hier dans les pas de demain. Hier dans les pas de demain. Oui ! Jobic était tourné vers lavenir, petit phare jaunâtre dans un monde enfumé, bruyant, monde qui soubliait dans des rêves uniquement tournés vers la finance.

 

Un compagnon de soif laccosta au Bar des deux ragots.

 

- Ta tête est bizarre ! Tas lair tout chose ! Si tu cherches une boussole ici, cest pas lendroit. Ici, cest plutôt du genre frimeur et intello, et encore quand je dis intello, je suis poli. Faudrait plutôt dire, gueule de raie réac à faire semblant de lire Le Figaro, tête de noeud occupée à parcourir Le Monde, tête à claques et à chapeau mou, faisans faisant semblant et déjà faisandés, singes hurleurs au Jardin Déplanté, sans racines, sans culture, lecteurs sans voyages, guenons acides et sans orgasme, gueule de foutre à se foutre en lair ... voyageurs en Quatre quatre, intérieur cuir, aventuriers de lasphalte bien propret...

 

- Eh ben, mon cochon, tu en tiens une sacrée  ! besoin de régler ton ardoise au bar des grandes douleurs ! Tiens ! remets nous ça, le patron ! beugla Jobic, avec sa verve coutumière brute de Plufur.

 

 Le loufiat, habillé en manchot des Iles Carnaval, fit la gueule en apportant les deux  double-Cognac.

 

  - Du hors dâge, en plus ! pour ces péquenots sortis des égouts de la terre ! pensait petitement lesclave derrière son comptoir.

 

Les deux buveurs se présentèrent à tour de rôle et avec les honneurs. Pas possible ! Un gars de Plufur qui rencontrait un frère de la côte, un Trécorrois, un habitant de Tréguier, nommé Fanchdu ! Ici ! en pleine décadence ! Un miracle ! Recognac ! Le choc ! Rerecocognac ! Le trouble ! Rererecococognac ! Là ! ça suffisait ! Maintenant on pouvait reprendre ses esprits ! boire enfin plus calmement ! Mais lémotion, quand ça vous prend ...

 

- Quest- ce que tu fous à la capitale, toi, une lumière de ton espèce ? dit Jobic.

 

- Oh ! pas grand chose, je vends des huîtres sur les marchés. Un ptit commerce avec mon beauf !

 

- Et tes heureux ?

 

- Couci-coucà ! Ca dépend des semaines, des mois en R, en RER, du jusant et du ptit Jésus, du courant et des gwen ha du, du ptit vin blanc, des invendus.

 

- Et tes venu changer de fatigue ici, échoué comme un vieux phoque ?

 

- Vieux, vieux, un peu de respect, je viens davoir cinquante ans.

 

Par VENNER YANN - Publié dans : essais littéraires
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Mercredi 25 avril 2007 3 25 /04 /Avr /2007 19:10
                                     Petit traité d’ethnologie bretonne

                      par le professeur Charles Esprit de Mortemagne, membre de l’Académie Royale de Lutèce, an de grâce 1923 de notre ère.                
        Extraits des carnets et statistiques du professeur, retrouvés dans les poches vides du défunt, ivre-mort, noyé, nu et battu au haut d’un vieux chêne foudroyé .(Note de l’éditeur.)

                                     
...Le Breton est un charmant petit animal de compagnie. Il jappe en noir et blanc, travaille d'arrache-pied, mais n'aboie jamais.
Docile quand on le bat, habitué d'avoir servi de chair à canon, il rumine avec vigueur son chagrin qu'il a fort courtois. S'il pleure, c'est de la pure poésie, pleine d'embruns, de bruines et de granit.
Neuf Bretons sur deux ont des dents cariées...
La Bretagne est belle en toutes saisons, surtout sous les nuages. Ce sont de vrais nuages blancs, cotonneux, comme la toile métisse  et les dessous de lin qui grattent les ancêtres à l'entrejambe. La lessive y sèche vite sur l'ajonc. L'ajonc sèche vite devant l'âtre. L'âtre n'attend pas l’heure du thé, mais du cidre, à volonté.
Les chapelles y pullulent, comme les chouettes, tellement nombreuses; et les saints, si innombrables, que l'on se pique de religion au point que ruchers et fourmilières jalousent les croyants...
Une fourmi bretonne sur deux va aux vêpres...
Vêtus à chaux et à sable, nourris de maquereaux et de prêches, les indigènes pratiquent modestement l'art du cochon, de la pomme de terre et de l'artichaut précoces. Primeuriste dans l'âme, l’autochtone est aux avant-gardes de l'instinct primal. Philosophe sans le savoir, il erre sur de tortueux chemins creux, quêtant le vol du gerfaut et le passage du Paris Brest. Loin du natal charnier, il ne lit pas Chateaubriand et n'a guère le loisir de fréquenter les écrivains graffineurs.
Issu du pays breton ou du pays gallo, l'habitant parle une troisième langue, étrangère elle aussi : le français. Rarement féru de grec ancien et de latin antique, le Breton n'est pas classique pour deux sous. Plutôt dépensier que thésauriseur, cette cigale nordique chante sa complainte dans les fêtes nocturnes, se nourrit de sagas et voyage à cheval...
Un cheval sur dix irait à la messe...A vérifier...
Agriculteur invétéré, il préfère son postier breton à tout autre. Dès l'aube, à l'heure où fleurit la bruyère, il nourrit son cheval de café noir, de josken et de tartines beurrées bien avant que son épouse, le plus souvent postière au bourg voisin, ne se lève.
Le couple breton vit largement, mais jamais au-dessus de ses moyens. D'abord, l'air trop pur l’asphyxierait. Loin d'être un bipède borné par un horizon de bocages, il sait, quand le Crédit Agricole l'exige, abattre les talus, enlever ses oeillères, cacher son jeu, son vin et ouvrir son esprit à l'agriculture intensive et moderne. Du fait, les rivières sautent de joie, débordent de vitalité et éclaboussent quelquefois les villes pour la plus grande curiosité des touristes...
Un Breton sur deux est une Bretonne de sexe opposé...
Le Breton est farceur. Il se déguise la nuit en loup de mer pour faire peur aux korrigans et aux menhirs. Parfois, malheureusement pour sa voix, il se saoûle comme un poisson dans l'eau, ce qui nuit à son image d'appellation poète désespéré. On lui jette alors une autre bouteille à la mer ou une bouée, selon l'état dudit noyé.
La Bretagne est granitique, mais moins têtue qu'on le dit. Sa langue danse hors des sabots battus, ponctuée par d'affreuses bombardes qui vous dévorent le tympan. Doué pour le labour, le Breton sait creuser profond. C'est d'ailleurs lui qui a créé le métro parisien.
Quatre Bretons sur trois se prennent pour des Mousquetaires...
Comble de malchance, la Bretagne n'a pas de pétrole. Elle le fait alors venir par bateaux qui heureusement parfois s'échouent sur les côtes très découpées. La côte sert ainsi d'ouvre-boîtes pour les coques de noix.
Cet animal marin a les deux pieds sûrs, pense à tout, et peut  donc continuer de rouler gratis, de rouler son prochain, dans sa bannière de faux bagnard. Il reste imposant sans vouloir être imposable...
Dix huit pour mille ont un nez au milieu de la figure...
Dans chaque village, il existe au moins une Maison de la Culture. C'est là que se joue l'avenir du Breton, et pas toujours sur un air d'accordéon. Ces maisons s'appellent le plus souvent des maisons de tolérance où le pouvoir jacobin et étatique est mis à mal. On n'y tolère que les jeux de société, bagarres, disputes, avoinées en tous genres et chapeaux ronds volants. Puis, quand la tempête est passée, chacun retourne à ses occupations favorites : la pêche au saumon, la boule, la galoche ou la gavotte.
Trois Bretons sur trois font la paire...
La frontière bretonne est très surveillée depuis que les étrangers essaient d'acheter des terrains au bord de la mer. Pour empêcher cette rapine toute française, on doit payer une taxe énorme baptisée la taxidermie. Ainsi, se retrouvent empaillés, les touristes qui auraient voulu déposséder le Breton de sa Terre. Les taxidermisés font très jolis dans les hangars bretons et sur les cheminées, quand ils n'ont pas eu la grosse tête d'avoir voulu examiner les moeurs bretonnes sous toutes les coutures...
 
Chacun se retrouve ainsi à sa place et les bourgs retrouvent leur calme, la mer son jusant, la crêpière son billig, la Maryvonne son Yannick et le rocher son bernique.
Les moeurs et les coutumes bretonnes ont encore de belles journées devant elles, en attendant la procession prochaine et qui ne saurait tarder...
Tous les vrais Bretons auraient émigré... A confirmer...
Par VENNER YANN - Publié dans : essais littéraires
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Mardi 24 avril 2007 2 24 /04 /Avr /2007 16:48
  1. Driss Chraïbi, le grand semeur est parti enquêter ailleurs, avec son altermégot, l’Inspecteur ALI, gendre du Prophète, fils du gardien d’un four public… A moins qu’il ne creuse au fond d’un puits pour en retirer l’eau de la montagne, l’eau de l’Oum er Bia, le plus long fleuve marocain… qui a vu passer sur ses berges tous les anonymes de l’Histoire; ceux qui sont le sel et le sucre de notre humaine condition : le peuple, lettré ou non.
    Que la Terre marocaine l’accueille dans la plus grande sérénité et le plus grand respect, sans trop de protocole ; sinon, le grand rire de Driss va retentir au cimetière des Chahouda, en nous disant :” Continuez l’enquête, cherchez, creusez, mes frères, mes soeurs, et découvrez l’énigme de la vie que la mort n’a pas encore résolue !
    On attend toujours une naissance à l’aube !”
    Merci à toi, grand frère d’encre!

Par VENNER YANN - Publié dans : essais littéraires
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Mardi 24 avril 2007 2 24 /04 /Avr /2007 16:44
J'ai écrit en 2005 BLACK TRELOUZIC, roman noir et cocasse qui se passe dans un village imaginaire des Côtes d'Armor. Trilogie complète en un seul volume, préfacée par Driss Chraïbi, ce livre est publié aux éditions HORIZONA & Co et est distribué par De Borée. C'est drôle, noir , avec des dialogues plein d'humour et quelques trouvailles linguistiques intéressantes.
Le titre de ces trois histoires : 1 roman primeur, MARCEL, patatès blues, 2 Roman mémoire, Une étoile est morte, Algerian blues, 3 Le baiser de la mer, roman salin, blackboard blues.

En 2006, ALLER SIMPLE POUR TRELOUZIC, suite de cette saga aux éditions de L'ECIR puis en octobre 2007 La disparue de Guingamp, suite encore, toujours chez L'ECIR. Ces trois romans sont distribués par De BOrée.
Par VENNER YANN - Publié dans : essais littéraires
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Mardi 24 avril 2007 2 24 /04 /Avr /2007 16:44

                              Rêve de chien.

 

 

Ce matin-là, à l’heure où l’épeire des champs tisse sa fine toile, l’ouvrier Marcel Kébir ouvrit ses volets sur un monde en déliquescence. Il pleuvait encore sur Brest et l’annonce de ce temps maussade, confirmée par le radio-réveil du matin, ralentit l’humeur tiédasse de ce travailleur en mal d’imaginaire.

 

Assis devant son bol de cornes flasques, l’ouvrier Marcel, être impuissant, ruminait sa défaite. Il avait mal dormi. Germaine, dans son sommeil et le lit conjugal, avait hurlé : “ Gégé ! Oh ! non pas ...ça, Gégé !”

 

La preuve était faite. Le mari était cornard ! Il touilla et retouilla le contenu du bol de cornes flasques, les yeux embués par le chagrin. Son désespoir était tel que quand il se rasa, à cause des larmes, il se coupa à plusieurs reprises. Les petites blessures mêlées à la mousse blanche et le sang dégouttant sur la veste de pyjama, le mirent dans une colère sans bornes.

 

Marcel jura comme un charretier embourbé, rinça sa tête d’épouvante sous le robinet, et, l’oeil injecté de sang, s’approcha de son épouse.

 

Germaine gisait sur le ventre. Les draps relevés et la chemise retroussée laissaient entrevoir un postérieur insolent mais généreux. Soleil rose et dodu à la face du monde. Elle poussait de doux soupirs alanguis. Marcel hésitait. La larder de coups de couteau. Lui faire subir les derniers outrages. Décidément, il manquait d’imagination. Et de vocabulaire. Fallait sortir du cadre. Et du cliché. L’ouvrier s’habilla sans faire de bruit, prit  sa besace dans laquelle il mit le Tupperware préparé la veille au soir par l’aimante épouse et placé au réfrigérateur.

 

Une remontée acide provoqua chez Marcel Kébir une grimace involontaire. En même temps, l’idée jaillit. Ca y était ! Il la tenait, la solution ! Occire la pétasse à petit feu. Trouver ce Gégé et lui faire manger le coeur de Germaine, au sens propre ! Organiser la dégustation grandeur nature. Avec petits fours. Un fou-rire le prit.

 

Marcel avait trouvé. La vengeance est bien un plat qui se mange froid, n’est-ce pas ? Surtout quand la garce a le coeur chaud. Il ricana comme un imbécile, tueur en puissance à l’horizon borné. Marcel prendrait des photos, les livrerait à la presse à scandales. Il arriverait bien, grâce à ces clichés, à se faire passer pour le tueur le plus anonyme et le plus sadique.

 

Trois jours plus tard, le quotidien de Brest reçut les photographies. C’était plus qu’horrible. Sur l’une, on distinguait un homme plutôt beau, le pistolet sur une tempe - tenu par une main anonyme - contraint de déguster un plat qui n’avait pas l’heur, pour parler vrai, de lui plaire.

 

Sur une autre, Marcel Kébir, le visage recouvert d’un loup, découpait le thorax d’une femme, avec des couverts à gigot.

 

Enfin, sur une troisième, on voyait un homme vomir et un autre,  masqué, qui riait aux larmes.

 

L’ouvrier Marcel Kébir survécut à ce fait divers. Calme et imperturbable, jusqu’au jour où il se maria de nouveau à une jeunette, sur l’île de la Réunion. Il venait simplement de réitérer les mêmes actes, après avoir entendu sa jeune épouse Brigitta crier dans son sommeil :

 

“Pedro ! Oh ! non ! pas ... ça, Pedro !”

 

C’est en jetant les deux corps par-dessus bord, au large de St Denis, qu’il fut aperçu de la terre ferme par une patrouille de gendarmerie. Elle expérimentait le nouveau matériel reçu la veille, dans le cadre de l’opération appelée Copernic, afin de réprimer les rébellions de plus en plus fréquentes sur l’île. Une erreur dans les colis mit fin aux activités de Marcel Kébir.

 

Quelqu’un confondit - suite à une interversion d’étiquetage - la lunette astronomique à mise au point électronique, livrée pour l’éclipse totale du soleil, avec le bazooka dernier modèle. Il faut dire que les deux objets se  ressemblaient comme des jumeaux homozygotes. Un jeune appelé qui étrennait le matériel au mode d’emploi si complexe, appuya sur la partie nommée “déclencheur” indiquée sur le schéma. Sans le savoir, il venait de venger deux innocentes femmes et deux pauvres bougres, tuant net le cocu breton.

 

Marcel Kébir et son fardeau coulèrent à pic.

 

Les deux amants supposés n’avaient jamais voulu avouer. Gégé et Pedro étaient en fait les petits noms respectifs et intimes de deux adorables loulous de Poméranie auxquels Germaine et Brigitta vouaient une affection sans bornes.

 

Le soir-même, un quotidien réunionnais publiait deux clichés avec pour légende énorme : “SCENES DE MEURTRE EN REUNION ! LE TUEUR SADIQUE SE MET A TABLE !”

 

 

         Yann Venner                                 Le 15 juin 2003.


Par VENNER YANN - Publié dans : essais littéraires
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Dimanche 25 mars 2007 7 25 /03 /Mars /2007 20:08

" Mêm' pas vrai !"

Un enfant a trouvé Respect et tolérance

dans tous les dictionnaires du bon pays de France.

Il s'est dit : " C'est super ! J'ai des droits ! Vive l'enfance !

Il a aussi cherché ces mots-là dans la rue,

mais ne les a ni vus, ni lus, ni entendus.

C'était écrit partout sur les murs de la Ville

des injures, des gros mots, des choses horribles à dire :

" Retourn' dans ton pays, mort aux Juifs, sale raton !

Bougnoul, ou Nique ta mère, ou ton frère est un con ! "

Alors l'enfant trahi, déchiré par la honte,

a pris son dictionnaire pour un livre de contes.

Yann Venner

Par VENNER YANN - Publié dans : essais littéraires
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Jeudi 27 avril 2006 4 27 /04 /Avr /2006 14:44

Nouvelle inspirée - de très loin - d’un roman d’Albert Camus : La peste

 

LES GLOTOMUCHES ONT DES BRIQUETTES

 

 

Midi sonnait au champignard de Glotoville. Les Glotomuches, pressés, sortaient de leur jobinard et les rues, d’un seul coup, s’énerculèrent des bruits les plus vénéneux.

Il était l’heure de s’emplir le croûtignon et de faire ribambelle de nutraline. Une fois les Glotomuches rentrés dans leurs lardières, la rue redevint palzigotte.

Un pauvre chien, tout gratigneux, traînait ses patamuches le long des malavoines, à la recherche de quelque lardenouille bien canichard. Soudain, il aperçut, bondissant d’une malavoine renversée, un horribilard cornu qui s’exgamala aussi sec à ses patamuches. Raide exgamalé, l’horribilard ! avec un filet de charmouille aux commissures labinaires ! Le chien, qui n’était pas plus bête qu’un Glotomuche, mascara bien que quelquechose ne turlurait pas miroton.

“Ah ! berlurette ! qu’est-ce c’est’y s’badigoince donc ?”

Il s’avança, à pas de rouflaquettes, vers la malavoine chargée de monastère. Une odeur défécateuse s’expalombait aux alentours ; déburquant le couvercle, il aperçut à l’intérieur des didouzaines d’horribilards exgamalés : tous, pêle-mêle, encharnementés comme des sardophiles d’un autre âge !

“Nom d’un bitoniau à casquette !” breloqua-t’il entre ses labinoires. “Qu’est-ce qui m’a fatraqué un encharnement pareil ? Il faut que j’évangélisse absolument mon Glotomuche de cette fariboule ! Quelle hépataloire !”

 

Il courut à toutes patamuches chez son maître Arnioche qui vacarait dans une jolie lardière. Maintenant, les autres Glotomuches retournaient au jobinard, le croûtignon bien rempli. Mais son maître ne jobinardait pas aujourd’hui car il était un peu perruqueux : un genre de bronchite, à ce qu’il paraît.

Le chien sonna au corgnolon, fort muchiné et hors d’haleine. Arnioche, d’un pas vanilleux, vint lui ouvrir.

“Ah ! c’est toi, vieux gratigneux ! Où as-tu encore été moisiner, chien d’arrissoire ?”

Son Glotomuche le hapenardait souvent, mais au fond de sa carnoche, il le brisouillait bien.

Une fois la fariboule racontée, le pauvre Arnioche vasourina dans la dirnache la plus complète.

“Quelle hépataloire !” ne cessait-il de breloquer. “Pourquoi tous ces horribilards exgamalés ? Et il doit y en avoir des millzims aussi dans les lavinoirs et les égouttines ! C’est sûrement dû à une marinade contagieuse ! Pourvu que les Glotomuches ne soient pas tous marinadés. Il faudrait avertir mon sibophile, le professeur Nerviandeux. Peut-être possède-t’il le sérinium enjolivateur contre cette marinade.”

Le chien, pour une fois, s’accorta avec son Glotomuche qui n’était plus de tout perruqueux après une telle fariboule, et, tous deux finardèrent chez leur sibophile...

 

C’est alors que les briquettes commencèrent à Glotoville et pour tous les Glotomuches. Dans les journaux du soir, on pouvait lire :

“FANTASTIQUE HEPATALOIRE !

LA FARIBOULE LA PLUS TRAGIQUE DE NOTRE SECULOIRE !

LE PROFESSEUR NERVIANDEUX DECOUVRE UNE NOUVELLE MARINADE !

DES MILLZIMS D’HORRIBILARDS EXGAMALES !

A QUAND NOTRE TOUR ?”

“LE PROFESSEUR CHERCHE LE SERINIUM MIRACLE !”

 

Pauvres Glotomuches ! Eux qui étaient si jarnillons et malissoires d’habitude ! Les voilà complètement dématelassés ! Ils criquettent pour leur santé et se mettent tous à breloquer en même temps, et à sombrer dans la dirnache :

“Et ma lardière que je n’ai pas encore fini de palsouyer ! Mes petits Glotomuches, ils vont tous exgamaler ! C’est chiborgneux ! C’est la fin des charpinots !” crépinaient-ils, comme des poules.

 

Quelques sécartièmes plus tard, tout Glotoville était dans la rue, devant la lardière du professeur. Le peuple des Glotomuches scandait :

“NERVANDIEUX, NERVANDIEUX !

Le sérinium enjolivateur, le SERINIUM, le SERINIUM !

CHERCHEZ-LE, BRIGNEZ-LE et VACCAZINEZ-NOUS !”

Facile à breloquer, mais pas facile à brigner, mascara le professeur qui, de son laboratoire, entendait les insuflades de la foule vindicargneuse. Alors, du haut du balcon de sa lardière, il époustrophia le peuple Glotomuche : “Caramades profitélaires, caramades expolateurs ! Je vous en conjure ! ne grisounez pas la paltembouille dans toute la ville ! J’essaie de brigner de mon mieux. Foutrissez-vous dans vos lardières et attendez la déssouchette ! Avant peu, j’espère vous vaccaziner tous ! Ne friloussez plus et ne laissez pas la dirnache vous asperger ! Compris ? Bon ! c’est pas tout çà, il faut que je retourne à mon labyrinthium !”

 

Satisfaits, les Glotomuches se foutrissèrent à petits pas dans leurs lardières et attendirent en mascarant des heures plus chamareuses.

 

Le crépuscule s’inocula peu à peu sur Glotoville et une nuit de grande tricotine drapina la cité. Le vent du lardet bronchinait et des odeurs défécateuses s’expalombaient toujours. On pouvait entendre friqueter les dentiers et larmoyer les quinquinaux des pauvres Glotomuches.

 

Tout le monde était grandement tristouillet sauf un seul et unique être, la maîtresse d’Arnioche, une jolie Glotomuche, bien rondounante et frimouillettte... comme une méridoine. Elle s’appelait Jarnitelle et sentait bon la trémolière. Jamais son moral n’était décrouné tant elle brisouillait la Vie. Et cette nuit-là, elle était justement avec le pauvre Arnioche qui madeleinait à tout va. Jarnitelle, pulpeuse et solide comme une droque, le rafistolait par de douces breloques :

“Allez mon rodomuche ! oublie donc ta dirnache ainsi que tes briquettes et viens dans mes trisseaux ! Oh ! il était tout molinadeux, le petit Nionioche à sa Nitelle ! Il ne frilousse plus maintenant qu’il est grand ! C’est qu’il a les quinquinaux tout barbotés, mon joli Glotomuche à mio ! Il va se drapiner dans son dodo et variner à des choses plus chamareuses. ”

 

Alors, comme par manègerie, Arnioche s’endormit dans les trisseaux de Jarnitelle, elle qui ne mascarait qu’au bonheur de son Glotomuche et de tous ses frères, attendant en friloussant, l’exgamalade irréversible...

 

 

- FIN -

 

La suite de cette histoire a été détruite par la femme de l’écrivain, violemment troublée avec cette LECTURE...

 

 

Par VENNER YANN - Publié dans : blacktrelouzic
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